La branche Éclaireurs

Définition


La Branche « Éclaireurs » est la branche maîtresse du Scoutisme. Le Louvetisme la prépare. La Route la continue. Les principes, buts et méthodes du Scoutisme, conçus initialement pour la Branche « Éclaireurs », y trouvent leur parfaite expression.

Son objet essentiel est la formation de l’adolescent, pris au sortir de l’enfance et conduit à l’entrée de sa vie d’homme. Cette période est caractérisée par la crise de croissance continue que traverse le garçon pendant 4 à 5 ans, c’est-à-dire, suivant son degré de précocité, de 11-12 à 16-17 ans. L’âge central de la Branche « Éclaireurs » se situe donc vers quatorze ans. L’unité de la Branche réside précisément dans son adaptation à cette crise, et dans les moyens mis en œuvre pour aider le garçon à en sortir, non seulement sans mal, mais grandi et fortifié physiquement, mentalement et spirituellement.

Se mettant à la portée du garçon, recherchant ce qui l’intéresse, utilisant les puissants ressorts que sont à cet âge le besoin de s’affirmer, le goût de l’aventure, la volonté instinctive de se grouper pour jouer et agir, le désir de vivre d’avance son avenir d’homme, la Branche propose au garçon une société à sa mesure, des buts accessibles, une méthode appropriée et des activités selon ses goûts.

 

Les structures


Cette société se distingue de la « bande de copains » en ce qu’elle est structurée, qu’elle a la Loi Scoute pour règle, et qu’elle est reliée au monde des hommes par un meneur de jeu adulte, le Scoutmestre (ou Chef de Troupe).

La Patrouille


La Patrouille comprend 7 à 8 garçons, généralement d’âge différent, éventuellement de divers milieux, à l’image véritable de la société. Elle constitue une sorte de famille où les frères ont des goûts et des qualifications diverses. Chacun assume une « charge » (on dirait aujourd’hui, un poste d’action) en fonction de son âge et de ses aptitudes. Les plus âgés aident les plus jeunes. Un jeune garçon entre normalement à la Troupe à partir de 12 ans. Vers 16-17 ans le Scout quitte la Troupe pour le Clan. Des exceptions sont possibles selon le degré de maturité du garçon. Un début d’année scolaire est généralement le meilleur moment de la montée à la Troupe. La Patrouille est l’unité de jeu, de camp, de vie scoute. La composition doit rester aussi stable que possible, sauf raisons majeures.

Le Chef de Patrouille

Le Chef de Patrouille est personnellement responsable de chacun de ses garçons et de la bonne marche de la Patrouille. Sans être forcément le plus âgé, il est celui dont la compétence, l’autorité, le rayonnement s’imposent naturellement. Il est nommé et investi dans ses fonctions par le Scoutmestre, après avis de la Cour d’Honneur. Il est normal qu’il exerce ses fonctions pendant un an au minimum. Pendant cette période, une large autonomie lui est accordée. Il exerce ses responsabilités à deux niveaux : au niveau de la Patrouille, par le Conseil de Patrouille, au niveau de la Troupe, par la Cour d’Honneur et le Conseil des Chefs. Il est assisté par un second.

 

Le Conseil de Patrouille


Le Conseil de Patrouille est composé de tous les Scouts de la Patrouille sous la direction du Chef de Patrouille. Il se réunit pour examiner comment atteindre, à l’échelon de la Patrouille, les objectifs fixés en Cour d’Honneur ou au Conseil des Chefs, pour faire le point des réalisations en cours, pour répartir les tâches en vue d’un jeu, d’une sortie ou d’un camp, ou pour proposer des initiatives concernant la vie de la Troupe. C’est au Conseil de Patrouille que les Scouts rendent compte des « charges permanentes » qu’ils ont accepté de remplir. En même temps, le Conseil est l’occasion d’une entraide fraternelle pour stimuler les volontés et, éventuellement, redresser les déficiences.

 

Le Scoutmestre


Le Scoutmestre, maître en scoutisme, est d’abord un Scout accompli. Non seulement il est le meilleur campeur de la Troupe, mais il est la Loi Scoute en action. Frère de la même promesse, du même uniforme, il est aussi le chef qui, par son expérience, organise et fait réussir les projets enthousiastes, mais parfois irréfléchis, de ses garçons. Formé dans un Camp-École, poursuivant sa formation personnelle à la « Route », ayant toujours le soin de maintenir un équilibre harmonieux entre les cinq buts du Scoutisme, il « pense » la vie de sa Troupe et se fixe un plan à long terme. Cherchant plus à inspirer qu’à imposer, il gouverne la Troupe par la Cour d’Honneur et le Conseil des Chefs. Il est aidé dans ses fonctions par un ou plusieurs assistants.

L’Aumônier


L’Aumônier est d’abord l’âme de la maîtrise, donnant tout son sens à l’apostolat des laïcs. Commentateur de la Loi, il aide le Scoutmestre à en être le gardien, sans toutefois se substituer à lui dans le commandement de la Troupe. Il est le témoin du Christ qui, par lui, est présent au camp. Prêtre, il enseigne la Troupe sur le plan religieux, et guide chacun de ses membres dans sa montée spirituelle. Éducateur, il participe de plein droit à la Cour d’Honneur et au Conseil des Chefs.

La Cour d’Honneur


La Cour d’Honneur a pour objet de s’assurer que la Troupe dans son ensemble et chaque Scout en particulier progressent bien dans la ligne de l’idéal scout. Sous la résidence du Scoutmestre, elle est composée de L’Aumônier, des Assistants et des Chefs de Patrouille. Elle peut s’adjoindre les seconds et les Scouts de 1ère classe. Elle fixe les grands objectifs à atteindre et les directives à suivre par la Troupe, dans les domaines de la vie spirituelle, de l’esprit scout, des activités générales. Elle fait le point de la valeur de la Troupe et, éventuellement, examine le cas de tel ou tel garçon.

Le Conseil des Chefs


Le Conseil des Chefs composé du Scoutmestre, de l’Aumônier, des Assistants et des Chefs de Patrouille, a pour objet d’organiser la vie de la Troupe et ses activités au jour le jour, en vue de réaliser par tranches les objectifs généraux fixés en Cour d’Honneur. Il est notamment responsable des programmes de sortie et de camp, et de la répartition des tâches entre les Patrouilles.

 

Les buts


Fidèle à l’esprit du Scoutisme, la Branche « Éclaireurs » admet l’évolution, non de la nature profonde, mais des goûts du garçon de notre époque. En conséquence, elle s’attache à renouveler les activités générales proposées au garçon, sans cesser de les vouloir éducatives ni de se référer aux cinq buts du Scoutisme : Santé, Caractère, Service, Habileté technique, Sens de Dieu.

Si les modèles des premiers Scouts, chevaliers, explorateurs, missionnaires, sont toujours des modèles stimulants et valables, on doit constater que les techniques modernes, ainsi que les sports en vogue exercent un puissant attrait sur la jeunesse actuelle. Mais ces techniques ne sauraient constituer une fin en soi : elles contribuent, à leur place, à développer les aptitudes fondamentales indispensables à l’homme de demain.

Santé


Les concentrations urbaines énormes, la compétition scolaire ardue, l’incohérence de la vie quotidienne atteignent l’adolescent en pleine croissance et l’empêchent souvent de parvenir à maturité, malgré l’expansion considérable des loisirs et des sports.

Plus que par la recherche de la performance, la santé sera développée à la fois par la détente au grand air, la pratique d’habitudes saines, les parcours sportifs et les sports d’équipe, le tout constituant un entraînement physique varié mais modéré qui ne doit jamais entraîner de fatigue excessive.

Caractère


Le développement de la prospérité, la recherche intéressée du confort intellectuel et moral, l’influence grandissante des moyens de publicité et de propagande conduisent de plus en plus au conformisme, voire à la passivité et à l’inertie.

Les activités scoutes auront pour but de développer le sens de l’observation, l’analyse objective des faits, le jugement personnel, la volonté de regarder les difficultés en face et la capacité de les surmonter. Les jeux d’équipe, les camps, le contrôle personnel de sa progression, l’exercice des responsabilités, la pratique intelligente et ouverte des différents conseils, l’initiation à l’information sont de nature à former le caractère du garçon et à développer sa personnalité.

Service


Inquiète de son avenir, doutant d’elle-même, la jeunesse actuelle tend à se réfugier dans une sorte d’égoïsme sacré, cependant qu’un vent de solidarité souffle sur le monde, qui sent que les hommes doivent s’unir ou périr ensemble. Le développement du sens des autres est plus que jamais nécessaire pour faire passer le message évangélique de charité et de paix.

Les activités devront aider le garçon à découvrir son prochain, à l’aimer et à le servir en actes, à s’orienter vers un métier au service de l’homme. La pratique de la B.A. remise en honneur, les exercices de secourisme, l’initiation professionnelle, la fraternité scoute internationale, l’ouverture des esprits au civisme incitent le garçon à sortir de son égoïsme et à s’engager, lorsqu’il entrera à la Route, dans la voie du Service.

 

Habileté technique


Dans un monde hautement industrialisé où des progrès scientifiques et techniques fabuleux se réalisent chaque jour, et sont portés à la connaissance directe de tous, la jeunesse se sent emportée, avec un certain vertige, vers un avenir où tout lui semble possible.

Il est certain que l’homme d’aujourd’hui, a fortiori celui de demain, ne pourra réussir dans la vie sans avoir une qualification technique. Mais la Branche « Éclaireurs » n’est pas une école professionnelle. Elle veut seulement faire acquérir aux garçons quelques techniques simples, variées, d’application pratique réelle, peu onéreuses, sans cependant en faire des techniciens enfermés dans leur spécialité. C’est ainsi que les techniques éprouvées du camp et de la nature sont complétées par des techniques appropriées (travail du bois, des métaux et des matériaux nouveaux, électricité, technique auto ou radio, modélisme…), de manière à donner au garçon une certaine polyvalence. On recherchera plutôt le travail bien fait que l’efficacité à tout prix, subordonnant toujours la technique à la finalité scoute.

Ces travaux, exécutés en patrouille, au camp comme en ville, et accompagnés éventuellement de visites d’ateliers et d’usines, développeront le sens du concret, l’adresse manuelle, la continuité dans l’effort, le goût du travail en équipe, mais viseront aussi à ouvrir l’esprit du garçon aux problèmes de la vie professionnelle, et finalement à lui faciliter son adaptation ultérieure à la vie d’adulte.

Sens de Dieu

L’envahissement du matérialisme conduit à une déchristianisation dont souffrent de plus en plus d’hommes, ayant perdu tout sens de Dieu, et vivant dans l’indifférence ou le désespoir. A l’âge Éclaireur où la transformation physiologique s’accompagne souvent d’une remise en question des valeurs religieuses, il importe que le garçon fasse la découverte personnelle du Christ. La Branche l’y aidera, d’abord en favorisant au camp les instants de silence, en développant le sens du sacré et l’esprit de contemplation, en faisant comprendre l’œuvre de Dieu, en vivant une vie religieuse appropriée à cet âge. Ce sera le rôle de l’Aumônier, mais aussi et surtout. en son absence, de tous les Chefs.

 

Méthode


Le Système des Patrouilles, innovation géniale de Baden-Powell, est la méthode fondamentale de la Branche « Éclaireurs ». Prenant pour moteur l’intérêt, l’action, la responsabilité, elle associe intimement l’éducation personnelle et l’éducation communautaire et « met les jeunes en condition de prendre en mains eux-mêmes leur propre formation » (B. P.).

Chaque Scout, dans la Patrouille, a une responsabilité par laquelle il se forme ; il participe aussi, au sein du Conseil de Patrouille, à la bonne marche de la Patrouille.

Chaque Chef de Patrouille, responsable de sa Patrouille, est aussi membre actif du Conseil des Chefs et de la Cour d’Honneur, et participe ainsi à la vie de la Troupe.

Le Scoutmestre, responsable de la Troupe, Chef de l’équipe des Chefs de Patrouille prend ses décisions après les avoir réunis, fait ses suggestions et tenu compte de leurs avis. Ainsi, l’intérêt de chacun étant connu et sauvegardé, les responsabilités étant exercées à tous les échelons, l’action et la réflexion se soutenant mutuellement, la formation des plus jeunes allant de pair avec celle des aînés, la Troupe peut se lancer avec joie et profit dans les activités propres à la Branche.

Activités

 

Le Camp


Le Camp est l’activité majeure de la Branche « Éclaireurs ». C’est au Camp que la vie scoute et le Système des Patrouilles trouvent leur plein accomplissement. Aussi le camp d’été doit-il être le couronnement de toutes les activités de l’année. Préparé minutieusement et longtemps à l’avance, il comporte en général un camp fixe initial, quelques jours de camp volant et un camp fixe terminal. Horaires et programmes sont établis de manière à soutenir l’intérêt du garçon sans le fatiguer. Des variantes sont toujours préparées, notamment pour le temps de pluie. La beauté du cadre est recherchée au même titre que son côté pratique.

C’est le Camp qui rythme la vie de la troupe. L’étape « Éclaireurs » se parcourt ainsi généralement en quatre ans, c’est-à-dire en principe en 4 camps d’été précédés de 4 camps de Pâques et de 4 camps de Noël. Ces camps sont eux-mêmes préparés par des sorties de Troupe et de Patrouille.

 

Le Jeu


Le propos de Baden-Powell : « Le Scoutisme est un jeu plein d’entrain » s’applique sans réserve à la Branche « Éclaireurs ». Mais il n’y a pas de jeu sans règle. Tant vaut la règle, tant vaut le jeu. La Loi Scoute, qui est une loi de vie, est aussi la loi générale de tout jeu, complétée par des règles particulières. Et c’est l’adhésion librement consentie aux règles du jeu et à la Loi qui les informe, qui a valeur éducative. Ce qui n’empêche pas les jeux « éclaireurs » d’être « pleins d’entrain ».

La Patrouille, unité de Camp, est aussi unité de jeu. Son fonctionnement est déjà en lui-même un jeu. Ses activités lui seront proposées le plus souvent possible sous forme de jeu, que ce soient des concours sportifs, des réalisations techniques ou sociales, ou simplement des amusements de détente. Un trophée, de quelque nature qu’il soit, temporaire ou permanent, peut récompenser la meilleure Patrouille, mettant ainsi une émulation entre les Patrouilles, sans développer pour autant un esprit de compétition ou de rivalité, le « fair play » rejoignant l’esprit scout pour accepter le succès sans orgueil et l’échec sans amertume.

Les thèmes de jeu seront choisis avec soin. On évitera les affabulations excessives ou infantiles qui ne « prennent » plus ou font sourire les garçons. Bien souvent on oublie que le jeu en lui-même, avec ses buts, ses règles, ses risques, les techniques mises en œuvre et le cadre où il se développe comporte un attrait qu’il suffit d’habiller d’un thème imaginaire sommaire axé sur les centres d’intérêt actuels des garçons.
Le jeu sous toutes ses formes, s’il est bien monté et bien conduit, justement adapté à l’âge éclaireur, est à la fois occasion de détente, source de joie et moyen d’éducation.

Les épreuves de classe et les badges

Les épreuves de classe jalonnent la progression du Scout depuis son entrée à la Troupe jusqu’à sa montée au Clan.

Les épreuves d’aspirant comprennent les connaissances de base nécessaires à un garçon pour suivre avec profit les activités de la Troupe. Elles sont le test de sa volonté de vivre en Scout. Elles aboutissent à la Promesse, faite devant toute la Troupe, au bout de trois à six mois de présence.

Les épreuves de seconde classe correspondent à l’acquisition d’une autonomie personnelle dans la vie scoute : capacité technique de jouer un rôle utile au camp ou dans un jeu, aptitude à tenir une charge avec sérieux, sens de sa responsabilité propre dans sa progression individuelle. Les épreuves de 1ère Classe correspondent au niveau du Scout expérimenté, possédant à fond l’art de bien camper, vivant pleinement son Scoutisme et capable d’aider les plus jeunes à se perfectionner.

Les badges sont des épreuves de spécialité permettant à un Scout de développer ses aptitudes et ses goûts dans un certain nombre de domaines techniques. Plutôt que la dispersion ou la gloriole, le Scout sera incité à développer et approfondir ses dons naturels en vue du service. Épreuves et badges sont conçus et réalisés non dans un esprit scolaire, mais comme un moyen d’atteindre, à travers l’acquisition de valeurs concrètes, et compte tenu de la nature du garçon et de ses goûts, les cinq buts définis plus haut.

Conclusions

La Branche « Éclaireurs » est la formule originale du Scoutisme. Elle en demeure le centre. Son succès, aujourd’hui comme hier, réside dans le respect de ses structures et de son fonctionnement, inséparables de la méthode, ainsi que dans l’équilibre dynamique entre les goûts toujours neufs des garçons et la maturité d’une maîtrise adulte qui ne perd jamais de vue les buts à atteindre.